« 19 septembre 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16346, f. 231-232], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7978, page consultée le 27 janvier 2026.
19 septembre [1841], dimanche matin, 10 h. ½
Bonjour, mon Toto bien-aimé, bonjour mon amour chéri, bonjour ma joie, bonjour ma
vie, bonjour mon tout. Je t’attends ou plutôt je te désire de toute mon âme, mon
adoré, car je sais bien maintenant que le plus tôta que je te verrai ne sera que ce soir fort tard. Mais je te
désire et je te convoite comme si cela pouvait te faire venir tout de suite. Voici
déjà très longtemps que je suis levée, mais j’ai attiféb ma Clarinette pour
l’envoyer à la grand-messe où elle est dans ce moment-ci1.
Et puis, s’il faut tout vous dire, j’ai
fourré mon museau dans votre CRÈME. Ia ia
monsire, je me suis régalée de toutes mes forces, excepté toutes les petites
notes dans lesquellesc vous pouvez
seul vous reconnaître j’ai tout lu. Vers et prose, Grecs et Romains, Saxons, Francs
et
Allemands, j’ai tout avalé, y compris le petit taudis et
tout ce qu’il contient. D’ailleurs vous ne me l’aviez pas défendu, ainsi tant pire
pour vous. Tout cela est admirable et je suis aux anges quand je peux en
grignoterd quoi que ce
soit2. QUEL BONHEUR !!! Jour Toto, ne
soyez pas trop heureux sans moi là-bas et tâchez de revenir bien vite3. Je t’aime.
Juliette
1 Claire, pensionnaire d’un établissement de Saint-Mandé depuis 1836, passe à ce moment un mois de vacances chez sa mère.
2 Ces derniers mois, Victor Hugo a consacré tout son temps à la rédaction du Rhin et il vient d’achever les deux tomes attendus par ses éditeurs, moins la Conclusion (en cours) et la Préface. C’est ainsi que ce jour-même du 19 septembre, il écrit de Saint-Prix à M. Rampin, l’un de ses banquiers : « Le livre peut paraître dans huit jours, si vous le croyez bon » (Victor Hugo, Œuvres complètes, Correspondance, Tome IV, ouvrage cité, p. 177).
3 Pendant l’été 1841, les Hugo ont loué à Saint-Prix, dans le Val-d’Oise, un appartement meublé de la mi-juin à la mi-octobre, et le poète y passe du temps de juillet à octobre pour terminer la rédaction du Rhin.
a « plutôt ».
b « attiffée ».
c « lesquels ».
d « grignotter ».
« 19 septembre 1841 » [source : BnF, Mss, NAF 16346, f. 233-234], transcr. Gwenaëlle Sifferlen, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7978, page consultée le 27 janvier 2026.
19 septembre [1841], dimanche soir, 5 h. ¼
J’ai encore beaucoup à attendre, mon amour, pour voir votre ravissante figure,
cependant j’espère que vous n’aurez pas la férocité de passer encore cette nuit à
la
campagne ? Si cela était vous ne me retrouveriez plus à la même place, c’est probable
car j’ai déjà beaucoup de peine à y demeurer avec l’espoir que vous reviendrez ce
soir.
J’ai profité de ce que vous n’étiez pas là pour nettoyera et faire nettoyerb les deux petits toits ainsi que le
reste de la maison. J’ai payé le mois du frotteur échu le 17 et il ne me reste plus
d’argent, Lafabrègue étant venu hier
chercher son acompte. Je vais être obligée de reprendre encore cinq francs sur ton
argent pour la dépense de demain. Mon pauvre adoré, je ne peux pas faire autrement,
à
moins de nous pendre les dents au croc ou de prendre à crédit, ce que tu ne veux pas
non plus. Enfin je fais pour le mieux et je t’aime. Je suis toute seule avec ma
Clairette, dépêche-toi de venir. Je
t’attends et je t’adore.
Juliette
a « nétoyer ».
b « nétoyer ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle assiste à la réception de Hugo à l’Académie Française.
- 7 janvierÉlection à l’Académie française.
- 3 juinRéception à l’Académie française.
- Juillet-octobreVillégiature à Saint-Prix.
